Infiltrations, fresques dégradées, plâtre qui tombe : la cathédrale de Clermont-Ferrand souffre depuis 30 ans. L'association des Amis et une députée tirent la sonnette d'alarme.
La "Dame noire" de Clermont-Ferrand va mal. Très mal. Depuis des décennies, la cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption prend l'eau à chaque épisode pluvieux. Fresques médiévales menacées, plâtre qui s'effondre, infiltrations massives : l'association des Amis de la cathédrale et la députée Delphine Lingemann lancent un appel urgent à l'État.
Des seaux alignés sous les voûtes gothiques. Des filets suspendus au-dessus des fidèles. De l'eau qui ruisselle sur les lustres.
À l'intérieur de la cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption de Clermont-Ferrand, le spectacle est glaçant. Ce joyau de l'art gothique du XIIIe siècle — l'un des monuments les plus visités du Puy-de-Dôme — est rongé par l'humidité. Et à chaque pluie, le mal empire. Retour sur un patrimoine en péril.
Ce qu'il se passe à Clermont-Ferrand
La cathédrale de Clermont-Ferrand prend l'eau. Pas une fuite ponctuelle. Un problème structurel, récurrent, qui dure depuis plus de 30 ans.
Le 14 février 2026, de nouvelles pluies violentes et prolongées ont inondé les terrasses nord de l'édifice. Résultat : des infiltrations massives dans la chapelle Sainte-Austremoine, l'une des parties médiévales les plus précieuses du monument.
Les dégâts sont visibles partout :
- Plâtre qui tombe des voûtes
- Boiseries noircies et imbibées d'eau
- Fresques du XIIIe siècle attaquées par l'humidité et le salpêtre
- Murs qui suintent en permanence
- Taches d'infiltration sur les piliers et les murs
- Seaux alignés pour recueillir l'eau lors des averses
- Filets de protection suspendus au-dessus des fidèles
Marc Jérémie, membre de l'association Les Amis de la cathédrale, organise régulièrement des visites guidées. Son constat est amer : "Dès l'entrée, les gens sont affolés et se demandent ce qu'il se passe."
Les peintures murales sont en train de disparaître. Une fresque du XIIIe siècle racontant le martyre de Saint-Georges — "quelque chose d'assez rare", précise Marc Jérémie — perd des morceaux. "Des parties tombent. Sur l'autre fresque, c'était l'inondation précédente qui avait fait des dégâts."
Pourquoi c'est important dans le Puy-de-Dôme
La cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption, c'est LE symbole patrimonial de Clermont-Ferrand.
Construite en pierre de Volvic (la fameuse pierre volcanique noire qui lui vaut le surnom de "Dame noire"), elle est l'un des chefs-d'œuvre de l'art gothique français. Sa construction a débuté au XIIIe siècle.
C'est le monument le plus visité de Clermont-Ferrand. Des milliers de touristes et de fidèles y passent chaque année.
Mais aujourd'hui, ce patrimoine est en train de mourir à petit feu.
Évelyne Hours, présidente de l'association Les Amis de la cathédrale Notre-Dame de Clermont et de l'art sacré, est catégorique : "Ce qui met en péril la cathédrale aujourd'hui, ce n'est pas l'incendie, c'est l'eau."
Le problème est connu depuis les années 1990. Il y a 30 ans, il avait même fallu évacuer le Trésor à cause d'une inondation. Il y a 15 ans, "les murs et les vitraux de la chapelle Sainte-Marie-Madeleine ruisselaient".
Depuis février 2026, après la dernière inondation, "les gouttes d'eau dans la chapelle Sainte-Austremoine ont continué à tomber jusqu'au samedi 7 mars, malgré la pose d'une bâche sur la terrasse".
L'origine du mal ? Les terrasses qui surmontent certaines parties de l'édifice ne sont plus étanches. Quand il pleut, l'eau s'infiltre directement à l'intérieur.
Ce que l'on sait précisément
- La cathédrale de Clermont-Ferrand est propriété de l'État.
- Le 14 février 2026, de nouvelles infiltrations massives ont touché la chapelle Sainte-Austremoine.
- Le problème d'étanchéité des terrasses est connu depuis plus de 30 ans.
- Trois inondations majeures se sont produites en 30 ans : une il y a 30 ans (évacuation du Trésor), une il y a 15 ans (ruissellement sur les vitraux), et celle de février 2026.
- L'association Les Amis de la cathédrale a envoyé un mémorandum mi-mars 2026 à la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), aux préfètes de Région et du Puy-de-Dôme, à l'archevêque de Clermont, à la ministre de la Culture et à plusieurs élus.
- Un constat d'huissier a été réalisé pour documenter officiellement les dégâts.
- L'association envisage une action juridique contre l'État.
- Delphine Lingemann, députée du Puy-de-Dôme et vice-présidente de la commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale, a interpellé fin mars 2026 la ministre de la Culture, Catherine Pégard.
- Dans son courrier, la députée évoque "une gravité préoccupante" et demande "que le calendrier de restauration annoncé soit scrupuleusement respecté".
- La cathédrale a été déclarée en péril dès 2017.
- Un chantier global de plus de 20 millions d'euros a été annoncé, décomposé en plusieurs tranches :
- Les travaux n'ont réellement commencé qu'en septembre 2025, après plusieurs années de retard.
- La tranche 3 (étanchéité du chevet), cruciale pour stopper les infiltrations, n'est toujours ni financée ni programmée.
- Une conférence de presse est annoncée pour le 24 avril 2026 à Clermont-Ferrand. Les services de l'État (DRAC) devraient s'exprimer publiquement.
Ce qui reste à confirmer
- Quel est précisément le calendrier de la tranche 3 (étanchéité du chevet) ? Aucune date n'a été communiquée.
- Qui va financer cette tranche de travaux ? Le montant n'est pas encore bouclé.
- La DRAC va-t-elle s'engager fermement sur un calendrier ? La conférence de presse du 24 avril apportera peut-être des réponses.
- L'association des Amis de la cathédrale va-t-elle aller jusqu'à l'action juridique ? Cela dépendra des réponses de l'État.
- Quels sont les dégâts irréversibles déjà causés ? Certaines fresques du XIIIe siècle sont-elles définitivement perdues ?
Rendez-vous le 24 avril 2026.
Ce jour-là, la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) organisera une conférence de presse à Clermont-Ferrand pour sortir du silence.
Jusqu'ici, l'État est resté muet face aux alertes de l'association et de la députée. Un mutisme qui a fini par agacer. Mais la pression médiatique et politique semble porter ses fruits.
Les questions clés :
- Quand la tranche 3 (étanchéité du chevet) sera-t-elle lancée ?
- Combien cela coûtera-t-il et qui paiera ?
- Y a-t-il un risque d'effondrement partiel ou de dégradation irréversible ?
Pour Delphine Lingemann, le paradoxe est intenable : "Il serait paradoxal que le chantier progresse sur le massif occidental tandis que l'étanchéité des terrasses du chœur, directement en cause dans les infiltrations actuelles, demeure sans calendrier défini."
Autrement dit : restaurer d'un côté pendant que l'eau continue de détruire de l'autre, c'est absurde.
En attendant, la pluie continue de tomber. Et avec elle, un pan du patrimoine français s'effrite silencieusement.