Le groupe Centre France annonce un sixième plan social en 12 ans. 152 postes sont concernés dont 65 à La Montagne. Les syndicats dénoncent une spirale du déclin.
Coup dur pour la presse régionale auvergnate. Le groupe Centre France, éditeur de La Montagne basé à Clermont-Ferrand, a annoncé jeudi 9 avril un plan de sauvegarde de l'emploi qui prévoit la suppression de 152 postes, soit 10 % des effectifs. C'est le sixième plan social du groupe en douze ans. Les syndicats alertent sur les conséquences pour l'information de proximité en Auvergne.
Un nouveau plan social dans la presse auvergnate. Jeudi 9 avril, la direction du groupe Centre France a annoncé la suppression de 152 postes lors d'un comité social et économique extraordinaire. Pour le quotidien La Montagne, basé à Clermont-Ferrand, 65 suppressions sont prévues, dont 49 départs effectifs. Une annonce qui marque un nouveau tournant pour ce groupe de presse régionale qui emploie encore 1600 salariés.
Ce qui se passe à Clermont-Ferrand et en Auvergne
Le groupe Centre France, dont le siège se trouve à Clermont-Ferrand, a présenté jeudi 9 avril un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) lors d'un comité social et économique extraordinaire. Au total, 152 postes sont concernés par ce plan qui touche l'ensemble des activités du groupe réparties sur 14 départements et quatre régions.
Le détail de ce plan :
- 122 départs effectifs
- 30 postes vacants non remplacés
Pour La Montagne, le quotidien régional diffusé notamment dans le Puy-de-Dôme, l'Allier, le Cantal et la Haute-Loire, 65 postes sont supprimés, dont 49 départs nouveaux. Parmi eux :
- 22 journalistes et photographes
- 5 postes d'assistantes d'édition
Les rédactions locales sont directement impactées. Selon l'intersyndicale des journalistes (SNJ, SNJ-CGT, FO), plusieurs agences sont concernées :
- Montluçon (Allier) : 4 postes supprimés (2 journalistes, 1 photographe, 1 secrétaire)
- Moulins (Allier) : 2 postes supprimés (1 journaliste, 1 photographe)
- Thiers (Puy-de-Dôme) : disparition de La Gazette de Thiers, insérée dans La Montagne du jeudi
Au siège de Clermont-Ferrand, le service des sports devrait passer de 13 à 10 journalistes. Ils étaient encore 15 il y a deux ans, avant un précédent plan de départs volontaires.
Francis Gaunand, arrivé en novembre 2025 comme directeur général du groupe, a présenté ce plan lors de réunions de CSE qui se sont poursuivies vendredi 10 avril dans les différents journaux du groupe (Le Populaire, La Montagne, Centre France Événement, L'Éveil...).
Pourquoi c'est important dans le Puy-de-Dôme et en Auvergne
Cette annonce a un impact direct sur l'information de proximité dans le Puy-de-Dôme, l'Allier, le Cantal et la Haute-Loire, départements largement couverts par La Montagne.
Pour les lecteurs, la réduction des effectifs signifie une couverture territoriale fragilisée. Selon Laurence Couperier, élue représentante du personnel SNJ : « La mission d'information de proximité est directement liée au nombre de journalistes. Les lecteurs évoquent souvent une dégradation de la qualité de l'information. Lorsqu'ils se désabonnent, certains expliquent que des territoires entiers ou des petites communes ne sont plus couverts comme auparavant. »
Pour les salariés, l'inquiétude domine. « Ce que cela suscite avant tout, c'est une immense inquiétude. La diminution progressive des effectifs rend de plus en plus difficile l'exercice de notre mission d'information », explique la représentante syndicale.
Pour le territoire auvergnat, ce plan interroge sur l'avenir de la presse régionale et son rôle dans la démocratie locale. L'intersyndicale dénonce « une spirale du déclin qui, plan après plan, fragilise l'ensemble des services du groupe ».
Ce sixième plan social en douze ans s'inscrit dans une série de restructurations qui ont déjà considérablement réduit les effectifs du groupe. Un précédent plan de départs volontaires, lancé en 2024 à La Montagne, n'est d'ailleurs toujours pas terminé fin juin.
Ce que l'on sait précisément
Les chiffres du plan social :
- 152 postes supprimés à l'échelle du groupe Centre France
- 65 postes supprimés à La Montagne
- 49 départs effectifs à La Montagne
- Environ 10 % des effectifs du groupe (1600 salariés au total)
Le périmètre : Le groupe Centre France emploie environ 1600 salariés et édite :
- 8 quotidiens répartis sur 14 départements
- 8 hebdomadaires (Centre France Hebdos)
- Des activités événementielles (Centre France Événement)
Le calendrier :
- 9-10 avril 2026 : CSE extraordinaires dans les différentes entités du groupe
- Fin 2026 : suppressions de postes effectives (selon les syndicats, les premiers départs devraient avoir lieu au premier trimestre 2027)
Les raisons invoquées : La direction a évoqué lors des CSE :
- Une perte de plusieurs millions d'euros en résultat d'exploitation à fin 2025 (le groupe aurait perdu 4 millions d'euros en 2025 selon France Bleu)
- Une baisse continue des ventes du journal papier
- Un endettement important lié à la construction récente d'une imprimerie à Cébazat (près de Clermont-Ferrand)
Les modalités :
- La direction annonce vouloir privilégier un nouveau plan de départs volontaires
- Mais les syndicats jugent « totalement invraisemblable l'absence de départs contraints », le précédent plan n'ayant « pas fait le plein »
Le contexte :
- C'est le sixième plan social du groupe en douze ans
- Depuis un an, les postes vacants n'étaient plus remplacés, même en CDD
- Actuellement, le groupe réalise 80 % de son activité sur la presse écrite, 10 % sur le numérique et 10 % sur la diversification
Ce qui reste à confirmer
La stratégie de la direction reste floue pour les syndicats. Francis Gaunand, en poste depuis seulement quatre mois, a annoncé vouloir développer le numérique en visant une répartition 60-20-20 (60 % presse écrite, 20 % numérique, 20 % diversification), mais les modalités concrètes de cette transformation ne sont pas détaillées.
Laurence Couperier précise : « Nous n'avons pas encore de détails concrets sur la manière dont les rédactions vont être réorganisées. Lors de la réunion, nous n'avons eu que des grandes lignes. »
Le caractère volontaire ou contraint des départs n'est pas tranché. La direction affirme vouloir privilégier les départs volontaires, mais les syndicats en doutent fortement au vu de l'expérience récente.
L'impact précis sur chaque agence locale n'a pas été communiqué publiquement pour l'ensemble des territoires couverts par le groupe.
Les mesures d'accompagnement pour les salariés concernés n'ont pas été détaillées lors des premiers CSE.
La position de la direction n'a pas été exprimée publiquement. Contactée, elle devait s'exprimer vendredi 10 avril via un communiqué, selon France 3 Auvergne-Rhône-Alpes.
Les syndicats (SNJ, SNJ-CGT, FO) sont en train d'établir leurs actions à venir. L'intersyndicale dénonce : « Cette spirale du déclin qui, plan après plan, tire vers le bas les rédactions et l'ensemble des services... c'est notre mission d'assurer l'information de proximité - donc la vitalité de la démocratie locale - qui est gravement remise en cause par de telles mesures. »
Un sentiment de désarroi domine parmi les salariés. « Pour les journalistes, ce qui est le plus difficile, c'est de ne plus savoir comment travailler dans ces conditions, avec des équipes aussi réduites », confie Laurence Couperier.
La contradiction entre les objectifs affichés (renforcer l'information de proximité) et les moyens (réduction massive des effectifs de terrain) interroge les représentants du personnel. « La direction affirme vouloir renforcer l'information de proximité. Mais, à l'annonce des mesures, je ne vois pas comment ces objectifs sont compatibles. Réduire fortement les effectifs, notamment les journalistes de terrain, et améliorer la couverture locale me semble contradictoire. »
Les prochaines étapes incluront :
- La finalisation des CSE dans toutes les entités du groupe
- La publication d'un communiqué de la direction
- La définition des actions syndicales
- La mise en place du plan de départs volontaires
- Les premières suppressions de postes prévues pour la fin 2026 ou le début 2027
Pour les lecteurs auvergnats, ce plan pose la question de l'avenir de l'information locale dans les territoires les plus ruraux du Puy-de-Dôme, de l'Allier, du Cantal et de la Haute-Loire, où La Montagne reste parfois le seul média de proximité.