Le 27 janvier 2025, à Eurexpo Lyon, un jeune chef de 29 ans originaire de Saint-Bonnet-le-Froid a soulevé la statuette dorée la plus convoitée de la gastronomie mondiale. Son nom : Paul Marcon. Son père, Régis, avait remporté exactement le même trophée, au même âge, trente ans plus tôt. Un exploit unique dans l'histoire du Bocuse d'Or. La Haute-Loire et l'Auvergne vibrent encore.
Un village, une famille, une saga
Pour comprendre Paul Marcon, il faut d'abord comprendre Saint-Bonnet-le-Froid. Ce petit village de Haute-Loire, perché à plus de 1 100 mètres d'altitude à l'est du département, est devenu en quarante ans l'une des destinations gastronomiques les plus remarquables de France. Un miracle économique et culinaire signé d'un seul nom : Marcon.
Tout commence en 1979, quand Régis Marcon reprend l'Auberge des Cimes, l'affaire familiale. Ce fils du village, autodidacte acharné, construit patiemment une maison d'exception : première étoile Michelin en 1990, Bocuse d'Or en 1995, deuxième étoile en 1997, troisième étoile en 2005. Il préside ensuite le jury du Bocuse d'Or en 2013. En parallèle, il transforme son village natal en véritable empire gastronomique : plusieurs restaurants, hôtels de luxe, un spa dirigé par son fils Thomas, une école de cuisine, un bar, une boulangerie. Le commerce local s'épanouit dans son sillage.
Paul est le benjamin des quatre enfants Marcon. Il grandit dans ce monde où l'excellence culinaire est une seconde nature, où les odeurs de champignons et de cuisine de montagne constituent les premières pages du livre de sa vie.
Stockholm, le détour qui forge un chef
Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, Paul Marcon ne reste pas immédiatement dans le giron familial. Après sa formation culinaire, il choisit de partir deux ans dans un restaurant étoilé à Stockholm, en Suède.
Cette expérience nordique le marque profondément. Elle lui impose une discipline rigoureuse, une précision dans le geste, une façon d'appréhender les produits avec minimalisme et respect. De retour à Saint-Bonnet-le-Froid, il intègre la brigade aux côtés de son père Régis et de son frère aîné Jacques, avec qui il perpétue la tradition de la maison.
2023 : la qualification, le début du conte
En septembre 2023, au Grand Palais Éphémère à Paris, Paul Marcon affronte cinq autres chefs français pour décrocher l'invitation à représenter la France au Bocuse d'Or 2025.
L'épreuve : quatre heures pour réaliser une mise en bouche et un plateau pour douze personnes, autour d'un produit imposé, la truite. Paul Marcon joue l'audace et la précision : truite associée à du chou-fleur, une marmelade d'agrumes, de la livèche, de la carotte fermentée et du fenouil.
Le jury, composé de pointures comme Pascal Barbot et Jessica Préalpato, présidé par Naïs Pirollet, valide sans hésiter. Paul Marcon est sélectionné pour représenter la France, devant Jérôme Jaegle et Édouard Loubet. Le nom du fils de Régis commence à circuler dans toutes les cuisines.
27 janvier 2025 : l'or, les larmes, l'histoire
À Eurexpo Lyon, dans l'atmosphère électrique du plus grand concours culinaire du monde, Paul Marcon entre dans l'histoire.
Il remporte le Bocuse d'Or 2025. Premier père et fils à décrocher tous les deux le Graal absolu de la profession. Régis en 1995, Paul en 2025. Trente ans d'écart. Le même âge.
« Les montagnes altiligériennes bruissent d'allégresse », titre la presse régionale. À Saint-Bonnet-le-Froid, on ne dort pas. On célèbre. Un village tout entier sacré deux fois en trente ans.
3 étoiles et un nom qui brille encore
Au Guide Michelin 2026, le Restaurant Marcon conserve ses 3 étoiles. Désormais porté par Jacques et Paul sous l'œil bienveillant de Régis, la maison continue d'incarner ce que la gastronomie auvergnate a de plus grand : l'ancrage dans la montagne, la générosité des produits locaux, la rigueur de l'exécution, et la transmission comme valeur centrale.
Paul Marcon, 30 ans, Bocuse d'Or, 3 étoiles Michelin. Le benjamin est devenu le plus grand.
Les Maisons Marcon — Saint-Bonnet-le-Froid, 43290 Haute-Loire — lesmaisonsmarcon.fr