ASTROPHYSICIEN MADE IN AUVERGNE
« On va mesurer le Redshift par spectroscopie d’une galaxie juste après le Big Bang ! »
Nicolas Laporte – Bonjour, je m’appelle Nicolas Laporte et aujourd’hui je vais vous parler d’astrophysique sur En Vrai.
En Vrai – Tu peux te présenter ?
NL – Je suis astrophysicien, enseignant-chercheur à l’université de Cambridge, en Grande-Bretagne. Ça change du Puy-de-Dôme ! La météo à Cambridge est moins bonne qu’en Auvergne, on a beaucoup moins de soleil. Mon travail consiste à aller regarder les galaxies les plus lointaines de l’univers pour essayer de comprendre comment elles se sont formées juste après le Big Bang.
EV – C’est quoi l’astrophysique ?
L’astrophysique, ça consiste à comprendre l’univers dans lequel nous vivons. Alors, que ce soit comprendre les planètes, comment se sont formées les planètes ? Comment la vie est apparue dans l’univers ? Mais aussi, comment s’est formée cet univers ? Quel âge à l’univers ? Quand se sont formés les premières galaxies ? Puis, comment tout ça a évolué ? Donc, c’est étudier le passé de l’univers, mais aussi essayer de prédire en quelque sorte son futur. Je voyage beaucoup et en plus, comme je suis observateur, il faut que j’aille dans les observatoires. Les observatoires, on les a placés dans des endroits qui sont assez exceptionnels. J’ai fait le Pic du Midi, l’observatoire à Grenade, à Paranal, Alma, Las Campanas, le Mauna’Kea, les GTC, le William-Herschel, celui qui est sur le Teide. On va dire une dizaine en l’espace de dix ans. Moi, j’adore ce métier pour ça, on voit les cultures différentes mais on partage tous le même intérêt pour l’astrophysique. Ça, c’est un des avantages aussi du métier d’astrophysiciens.
EV – T’as des théories stylées ?
NL – Je peux vous raconter ce que moi je fais en ce moment. L’idée, si vous voulez, que l’on a depuis à peu près dix ans, c’est de dire que les trous noirs n’existaient pas au tout début de l’univers. Un trou noir, qu’est-ce que c’est ? Un objet qui est très massif et qui va absorber la matière. Depuis dix ans, on dit : « Ce n’est pas possible y a pas de trou noir au cours du premier milliard d’années de l’univers ». Et donc, qu’est-ce que j’ai décidé de faire ? Et bien, c’est d’aller chercher pour voir s’il y avait des trous noirs au cours de ce premier milliard d’années d’univers.
Et, on en a trouvé et donc ça c’est quelque chose qui intrigue parce qu’on ne comprend pas comment ces trous noirs ont pu se former en moins d’un milliard d’années. Pour ces trous noirs là dont je parlais, c’est un travail de deux ans entre le moment où on dit : je vais aller chercher un trou noir, qu’on nous donne notre temps de télescope parce qu’il faut candidater et pour utiliser les télescopes, qu’on aille aussi au télescope pour observer, qu’on récupère les données et qu’on rendent les données scientifiquement exploitables. Il faut compter à peu près deux ans, c’est long. Quand on voit le signal sur les images ou sur les données qu’on a, oui là, on est content parce qu’on se dit : « Ah ben voilà, j’ai pas perdu deux ans ! ».
EV – Tu penses qu’il y a des extraterrestres ?
NL – Alors, à la question : est-ce qu’il est possible que la vie soit développée ailleurs que sur la Terre ? La réponse est oui. Après, est-ce qu’on a des preuves de ça ? Malheureusement, la réponse est qu’aujourd’hui on n’en a pas. Mais tout n’est pas perdu puisque fin octobre 2021, il va y avoir le lancement du successeur d’Hubble qui est le James Webb Space Telescope. L’objectif principal de ce télescope, ça va être d’aller détecter la vie sur une planète autre que la Terre. Là, on étudie la vie qui est basée sur les atomes de carbone, oxygène, hydrogène qui sont sur une Terre. Je ne connais pas la masse de la Terre, mais le fait qu’on soit, par exemple, sur nos deux jambes, qu’on mesure entre un mètre cinquante et deux mètres, c’est lié à la gravité, donc à la masse de la planète. Si on était sur une planète qui était beaucoup plus grosse, la gravité serait tellement beaucoup plus forte, donc on serait plus petit. On a une atmosphère qui nous permet de faire diffuser les sons. Si on était sur une planète où il n’y avait pas d’atmosphère, on aurait des oreilles beaucoup plus grandes pour pouvoir capter le son.
EV – Tu connais Thomas Pesquet ?
NL – Je l’ai rencontré une fois personnellement. Je l’ai rencontré, j’étais invité à l’ambassade de France, à Londres. Quand il est revenu, c’était en janvier 2018. Alors, j’ai deux choses à lui dire à Thomas Pesquet : la première « S’il te plaît prends la photo de la chaîne des puys » et la deuxième « Mais, Clermont t’attend depuis tellement longtemps. Ça fait depuis 2017 qu’on essaye de l’inviter ». On travaille à ça, on espère, on croise les doigts pour qu’il vienne et puis s’il vient, il faudrait qu’il vienne chez vous aussi. Ce serait sympa !
EV – Un Last Mot ?
NL – Alors, le dernier mot ce serait pour tous les jeunes qui ont regardé cette vidéo. Si vous avez envie de faire le métier d’astrophysicien et pas forcément astrophysicien, n’importe quel métier. Si un métier vous tente, gardez cette motivation, gardez l’intérêt, mettez toutes les chances de votre côté pour y arriver et puis allez le plus loin possible. Comme ça si vous n’y arrivez pas, vous n’aurez pas de regrets, et si vous y arrivez, vous ferez un métier qui vous plaît et vous vous lèverez tous les matins sans avoir de regret en disant : j’aime le métier que je fais et je suis content de le faire !
Stagiaire Rédac'