Les préfectures de l'Allier, du Cantal, du Puy-de-Dôme et de la Haute-Loire viennent d'interdire tous les feux d'artifice du pont du 15 août, professionnels comme privés. En cause : un risque incendie toujours élevé après des semaines de sécheresse en Auvergne. Une décision qui referme, pour les artificiers de la région, une saison déjà marquée par des dizaines d'annulations.
Encore un été sans bouquet final pour de nombreuses communes auvergnates : après un été de chaleurs record et d'incendies à répétition, le 15 août ne fera pas exception.
Ce qu'il se passe en Auvergne
Cette année encore, le ciel auvergnat ne s'illuminera pas pour le 15 août. Les préfets de l'Allier, du Cantal, du Puy-de-Dôme et de la Haute-Loire ont interdit l'ensemble des tirs de feux d'artifice, qu'ils soient organisés par des professionnels ou par des particuliers, pour ce pont estival.
La raison avancée est la même partout : un « risque incendie toujours trop élevé après des semaines de sécheresse ». Cette décision n'est pas isolée à l'Auvergne : d'autres départements français, de la Bretagne aux Bouches-du-Rhône en passant par le Nord et les Vosges, ont pris des arrêtés similaires ce week-end.
Pour les professionnels de la pyrotechnie, cette annonce n'a rien d'une surprise. Depuis le début de l'été, le scénario se répète : l'arrêté préfectoral tombe le vendredi soir pour un tir prévu le lendemain, quand ce n'est pas pour le week-end suivant.
Depuis le 14 juillet, la région a déjà vu s'annuler ou se reporter des dizaines de spectacles, commune après commune, au fil des arrêtés pris pour limiter tout risque de départ de feu et préserver les moyens des pompiers, déjà très sollicités sur d'autres incendies dans le pays.
Pourquoi c'est important dans le Puy-de-Dôme et en Auvergne
Derrière chaque annulation, il y a une entreprise locale qui perd une part importante de son année. Pour les artificiers auvergnats, l'essentiel du chiffre d'affaires se joue en une poignée de semaines, entre juin et septembre.
Quentin Queyriaux, gérant de Pyrobox Artifices, magasin clermontois spécialisé dans la vente et les spectacles pyrotechniques, explique que l'événementiel d'été représente à lui seul 60 à 70 % du chiffre d'affaires annuel de son entreprise. Il évalue à environ 50 le nombre de spectacles annulés ou reportés depuis le début de l'été, pour un manque à gagner d'environ 250 000 euros.
Même constat chez Damien Matichard, gérant de MGPF Techni-Spectacle dans le Puy-de-Dôme, où la pyrotechnie pèse habituellement 60 à 65 % du chiffre d'affaires annuel. Une année normale, l'entreprise assure une vingtaine à une trentaine de spectacles. Cette saison, elle n'en aura assuré que quatre, soit une perte estimée à 20 % du chiffre d'affaires prévu.
Au-delà des pertes immédiates, c'est toute la trésorerie du secteur qui se bloque. Les artificiers paient leurs stocks dès le printemps pour facturer leurs prestations en été. Cette année, une grande partie de la marchandise leur reste sur les bras.
Ce que l'on sait précisément
Les contrats passés avec les communes permettent en théorie de facturer 50 % du montant en cas d'annulation. Dans les faits, les artificiers évitent d'activer cette clause pour ne pas fâcher les mairies, et privilégient le report du spectacle.
Ce choix a toutefois un coût pour une commune qui ne tire habituellement qu'un seul feu par an : reporter revient, dans ce cas, à diviser par deux le chiffre d'affaires de l'artificier sur l'année.
Face à la répétition des épisodes de sécheresse, les deux professionnels cherchent à diversifier leurs revenus. Damien Matichard mise sur la maintenance de matériel de spectacle et le développement d'un parc lumière, des activités qui permettent de travailler toute l'année. Quentin Queyriaux, lui, s'appuie sur le négoce et sur les particuliers, pour des mariages, anniversaires ou réveillons. Mais l'événementiel privé n'échappe pas non plus aux restrictions : les mariages se déroulent souvent dans des domaines proches de bois et de forêts, et ont donc, eux aussi, été frappés par les arrêtés de cet été.
Une piste alternative revient régulièrement sur les réseaux sociaux : remplacer la poudre par des spectacles de drones lumineux. Sur le papier, l'idée séduit des mairies soucieuses de leur impact environnemental. Dans les faits, les deux artificiers sont formels : elle ne tient pas économiquement pour l'immense majorité des communes.
Un spectacle de drones coûte au minimum 15 000 à 20 000 euros pour 200 à 300 appareils, quand le budget moyen d'un feu d'artifice communal tourne autour de 1 500 à 3 000 euros. De quoi exclure d'office, selon Quentin Queyriaux, les trois quarts des mairies, voire peut-être même 80 à 90 % d'entre elles.
À la dépense s'ajoutent de lourdes contraintes techniques : les drones ne résistent pas au vent au-delà de 30 km/h, contre une tolérance bien plus élevée pour la pyrotechnie classique, et chaque appareil qui tombe doit être récupéré avec sa batterie au lithium.
Et maintenant ?
Aucune date de levée des arrêtés n'est pour l'instant annoncée par les préfectures concernées. Les artificiers auvergnats devront composer, dans les prochaines semaines, avec des reports à négocier commune par commune, en attendant une possible amélioration des conditions météorologiques.
Reste une inquiétude plus large, partagée par les deux professionnels interrogés : que les sécheresses à répétition finissent, bien plus que la concurrence des drones, par fragiliser durablement l'avenir du feu d'artifice en Auvergne.