Trois mois après son élection, le maire de Clermont-Ferrand Julien Bony tient l'une de ses promesses phares : depuis le mardi 9 juin 2026, les avenues Bergougnan, Carnot et de la Libération sont partiellement rouvertes à la circulation automobile dans le Puy-de-Dôme. Une décision qui relance le débat sur les mobilités en centre-ville.
Panneaux de sens interdit retirés, voitures de retour sur des axes autrefois réservés aux seuls bus : à Clermont-Ferrand, la carte de la circulation vient d'être redessinée. Pas en totalité — mais suffisamment pour que ça change le quotidien de milliers d'automobilistes auvergnats.
Ce qu'il se passe à Clermont-Ferrand
C'était l'un des engagements centraux de sa campagne. Julien Bony, maire (LR) de Clermont-Ferrand depuis mars 2026, a acté le lundi 8 juin la réouverture partielle à la circulation automobile de trois axes majeurs de la ville, effective dès le mardi 9 juin 2026.
Ces trois avenues — Raymond-Bergougnan, Carnot et de la Libération — avaient été transformées en voies réservées aux bus dans le cadre du projet InspiRe, initié par l'ancienne municipalité. Symboles des crispations autour du plan de mobilité clermontois, elles redeviennent donc, en partie, accessibles aux véhicules particuliers.
Lors d'une conférence de presse, Julien Bony a tenu à poser le cadre : "Ce n'est pas le retour du tout voiture. C'est juste le retour du bon sens."
Ce qui change concrètement, axe par axe
🔵 Avenue Bergougnan — le changement le plus significatif C'est l'axe principal de cette réouverture : 700 mètres retrouvent leur accessibilité aux automobilistes, dans le sens descendant uniquement, en direction de Clermont-Ferrand depuis Durtol et les hauteurs de l'agglomération. C'est sur cet axe que la question du retour des bouchons se pose avec le plus d'acuité, d'autant que le tourne-à-gauche qui permettait autrefois de fluidifier le carrefour des quatre routes n'existe plus.
🔵 Avenue de la Libération — une courte portion rouverte Seule la portion située entre le boulevard Pasteur et la rue Marmontel — soit environ 125 mètres le long de la place des Salins — redevient accessible aux voitures. Cette voie n'est empruntée que par la ligne de bus E2, avec une fréquence d'au mieux un bus toutes les 10 minutes. Selon les études du SMTC citées par le maire, l'absence de voitures sur cet axe ne faisait gagner que 5 secondes aux bus.
🔵 Avenue Carnot — soulagement attendu près des lycées Là encore, c'est une réouverture partielle : 100 mètres dans la partie basse de l'avenue, entre les deux squares (square de la Jeune Résistance et avenue des Paulines), vers la rue Anatole France. L'objectif principal : desserrer l'étau autour des lycées Blaise-Pascal et Jeanne-d'Arc, régulièrement saturés aux heures de pointe. La partie montante de l'avenue Carnot, longeant les établissements scolaires, reste quant à elle réservée aux bus.
Au total, c'est moins de 1 000 mètres de voirie qui sont concernés par cette première phase de réouverture.
Pourquoi cette décision dans le Puy-de-Dôme ?
La réouverture de ces trois axes est directement liée aux modifications du plan de circulation apportées par le projet InspiRe, mis en place par l'ancienne municipalité. Ce projet avait notamment conduit à réserver plusieurs voies aux seuls bus, générant selon ses détracteurs des reports de trafic et une congestion sur les axes adjacents.
Julien Bony s'appuie sur des chiffres issus du SMTC (Syndicat Mixte des Transports en Commun) pour justifier ses arbitrages : "Sur l'avenue de la Libération, le gain pour les bus était de 5 secondes. Ce ne sont pas mes chiffres, ce sont ceux du SMTC. Quand on fait gagner 5 secondes aux bus et qu'on crée de la congestion sur tous les axes adjacents, je crois que la décision s'impose." Concernant Bergougnan, le gain pour les transports en commun s'établissait à environ 30 secondes.
Le maire précise que ces modifications ont été discutées en amont avec le SMTC et ne constituent pas une remise en cause du projet InspiRe dans son ensemble : "Notre objectif est d'organiser l'ensemble des mobilités, de les faire cohabiter pour que toutes gagnent de la performance."
Des réactions partagées parmi les Clermontois
Sur le terrain, les avis divergent. Jean-Claude, habitant de Durtol qui avait modifié ses habitudes depuis la mise en service de la ligne C et du parking relais, témoigne d'une certaine inquiétude : "Mes temps de trajet sont plus prévisibles depuis. J'attends de voir, mais j'ai peur qu'on recrée les bouchons qu'on connaissait avant."
D'autres, en revanche, voient dans cette décision un retour à plus de cohérence. Un commerçant du secteur Bergougnan le dit sans détour : "Beaucoup prenaient déjà ces axes malgré les interdictions. Là, au moins, ça remet de la cohérence."
Du côté du quartier Carnot, Sophie, mère de famille, reste prudente mais pas opposée : "Le matin, ça bloque partout autour des établissements. Si ça peut répartir un peu mieux les flux, pourquoi pas."
À noter : des Clermontois dénoncent une décision jugée précipitée, prise selon eux avant même d'avoir pu mesurer pleinement les effets du nouveau plan de circulation mis en place par l'ancienne municipalité.
Et maintenant ? Ce que l'on attend pour les prochains mois
Cette réouverture n'est présentée par la mairie que comme une première phase. D'autres changements sont déjà annoncés ou à l'étude.
Rue de l'Oradou : cet axe figure en tête de liste pour une prochaine réouverture. Le maire a confirmé son souhait de la rouvrir avant la rentrée scolaire de septembre. Des études sont en cours pour définir les aménagements nécessaires, notamment le raccordement avec le boulevard Fleury.
Parking Vercingétorix (place de Jaude) : le sens de circulation pour l'accès et la sortie du parking devrait revenir à son ancien schéma, selon les annonces faites lors de la conférence de presse du lundi 8 juin.
La mairie a indiqué que les prochains jours seront décisifs pour observer l'impact réel de ces premières ouvertures sur les flux de circulation, avant d'envisager d'éventuels ajustements supplémentaires. À Clermont-Ferrand, la question des mobilités reste au cœur du débat public — et cette première décision symbolique ne devrait pas clore le sujet.