C'est l'une des lignes ferroviaires les plus décriées de France. La liaison Paris – Clermont-Ferrand, régulièrement pointée du doigt pour ses retards et ses pannes à répétition, a été au cœur d'une réunion cruciale le 22 mai 2026 à Clermont-Ferrand. Le ministre des Transports Philippe Tabarot y a confirmé l'arrivée des nouvelles rames Oxygène pour l'été 2027 et annoncé 450 millions d'euros d'investissements supplémentaires. Pour les usagers du Puy-de-Dôme, le bout du tunnel semble enfin se dessiner — même si quelques mois de patience supplémentaires sont encore au programme.
Le ministre des Transports est arrivé à Clermont-Ferrand avec 20 minutes de retard, à bord du train Intercités qu'il est venu défendre. L'anecdote dit tout, ou presque, de l'état d'une ligne qui pèse sur le quotidien de deux millions de voyageurs chaque année. Mais cette fois, Philippe Tabarot n'est pas venu les mains vides.
Ce qu'il s'est passé à Clermont-Ferrand
Le 22 mai 2026, la préfecture du Puy-de-Dôme a accueilli le quatrième Comité de suivi des dessertes ferroviaires (CSDF) de la ligne Paris – Clermont-Ferrand. Autour de la table : le ministre des Transports Philippe Tabarot, les présidents-directeurs généraux de SNCF Réseau et SNCF Voyageurs, la directrice générale France du constructeur espagnol CAF (chargé de fabriquer les futures rames), ainsi que des élus et représentants d'associations d'usagers.
C'est dans ce cadre que le ministre a confirmé le calendrier de mise en service des nouvelles rames Oxygène, tout en annonçant une enveloppe inédite de 450 millions d'euros d'investissements supplémentaires sur la ligne entre 2028 et 2031.
Pourquoi c'est important dans le Puy-de-Dôme et en Auvergne
La ligne Paris – Clermont-Ferrand est bien plus qu'un axe ferroviaire ordinaire : c'est le principal lien entre la capitale régionale auvergnate et Paris. Chaque année, elle transporte près de deux millions de voyageurs, qu'il s'agisse de travailleurs, d'étudiants, de touristes ou d'actifs qui font le trajet régulièrement entre Clermont-Ferrand, Vichy, Issoire ou Riom et la capitale.
Pendant des années, cette ligne a symbolisé l'abandon ferroviaire d'un territoire enclavé. Des rames Corail vieilles de quarante ans, des locomotives hors d'âge, une infrastructure dégradée par des décennies sans investissement suffisant : la "ligne maudite" est devenue une expression populaire et douloureuse pour les Auvergnats. Les conséquences sont concrètes : retards chroniques, trains supprimés lors des fortes chaleurs estivales (la ventilation défaillante y rendant les températures insupportables), et une image dégradée de la mobilité ferroviaire pour tout le massif Central.
Les annonces du 22 mai 2026 représentent donc une étape majeure pour le territoire, même si les usagers restent légitimement attentifs à ce que les promesses se traduisent en faits tangibles.
Ce que l'on sait précisément
Les nouvelles rames Oxygène en 2027, mais avec du retard
C'est la grande confirmation de cette journée : les premiers trains Oxygène, fabriqués par le constructeur espagnol CAF, circuleront bien commercialement à l'été 2027 sur la ligne. Ces nouvelles rames offriront une capacité de 420 passagers (contre 396 auparavant), une vitesse maximale de 200 km/h et un confort nettement amélioré par rapport aux vieux Corail.
Cependant, le calendrier a encore glissé. Initialement prévus pour commencer à circuler dès 2024, puis reportés au premier trimestre 2027, les trains accusent désormais au moins trois mois de retard supplémentaires. Les premiers essais sur la ligne auvergnate, prévus en mai, puis reportés à juin, n'auront finalement lieu qu'en septembre 2026. Les voyageurs pourront les apercevoir en gare à cette occasion — mais sans pouvoir monter à bord, ces circulations restant des tests techniques obligatoires avant toute mise en service commercial.
À partir de décembre 2027, l'offre sera renforcée avec un aller-retour quotidien supplémentaire, portant le total à 9 allers-retours par jour sur l'axe.
450 millions d'euros pour la période 2028-2031
Au-delà des rames, c'est l'annonce financière qui a retenu l'attention. Le ministre a confirmé une enveloppe de 450 millions d'euros d'investissements supplémentaires sur la ligne entre 2028 et 2031, soit environ 150 millions d'euros par an, financés par SNCF Réseau. Ces fonds s'inscrivent dans le cadre du contrat de performance signé entre l'État et SNCF Réseau, alimenté en partie par les recettes des péages autoroutiers dont les concessions sont en cours de redéfinition.
Ces investissements s'ajoutent aux 1,3 milliard d'euros déjà engagés entre 2018 et 2027 par l'État (via SNCF Réseau) et la région Auvergne-Rhône-Alpes pour régénérer et moderniser la ligne — dont 185 millions d'euros pour la seule année 2026.
Un gain de temps de dix minutes dès 2028
Les travaux réalisés, combinés à l'arrivée des nouvelles rames, permettront de réduire d'environ dix minutes le temps de parcours entre Clermont-Ferrand et Paris à partir du service 2028, pour les trains effectuant quatre arrêts intermédiaires.
Voici les prochaines échéances à retenir pour les usagers auvergnats :
- Septembre 2026 : premières circulations d'essai des rames Oxygène en Auvergne, avec des présentations au public dans plusieurs gares de la ligne.
- Automne 2026 : finalisation de l'étude sur le futur schéma directeur de la ligne, qui devra définir les perspectives d'amélioration au-delà de 2027.
- Été 2027 : premières circulations commerciales des rames Oxygène pour les voyageurs.
- Décembre 2027 : montée en cadence avec 9 allers-retours quotidiens et gain de temps d'environ 10 minutes.
- 2028-2031 : travaux financés par l'enveloppe de 450 millions d'euros.
Le ministre a reconnu qu'il ne présidera probablement pas de troisième CSDF — les élections présidentielle et législatives de 2027 redistribueront les cartes politiques. Il a toutefois insisté sur la nécessité de pérenniser ces investissements au-delà des changements de gouvernement, rappelant que "ce qu'on n'investit pas aujourd'hui coûtera le double demain".