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Fraude à la sécurité sociale dans le Puy-de-Dôme : 6,6 millions d'euros détectés en 2025 – record historique

Fraude à la sécurité sociale dans le Puy-de-Dôme : 6,6 millions d'euros détectés en 2025 – record historique

Publié le 18 mai 2026
Temps de lecture : 6 minutes

La Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Puy-de-Dôme a détecté plus de 6,6 millions d'euros de fraudes en 2025, un montant record. Une hausse de près de 60 % du préjudice subi par rapport à 2024, qui témoigne d'une professionnalisation croissante des fraudes. Face à des réseaux organisés et des méthodes sophistiquées, la CPAM muscle ses contrôles et renforce sa coopération avec les autorités judiciaires.

6,6 millions d'euros. C'est le montant record de fraudes détectées en 2025 par la Caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme. Un chiffre qui explose par rapport à l'année précédente et qui montre une réalité : la fraude à la Sécu se professionnalise. Audioprothésistes, transporteurs sanitaires, pharmacies, mais aussi assurés… Les acteurs sont variés, les montants importants, et la CPAM durcit le ton.

Ce qu'il se passe dans le Puy-de-Dôme

En 2025, la CPAM du Puy-de-Dôme a détecté 6,6 millions d'euros de fraudes. Un montant historique qui dépasse de 1,88 million d'euros l'objectif fixé par l'État.

Ces fraudes se répartissent en deux catégories :

  • 4,53 millions d'euros de préjudice financier subi, c'est-à-dire des sommes déjà versées indûment.
  • 2,13 millions d'euros de préjudice évité, grâce aux contrôles et algorithmes qui ont bloqué des paiements avant qu'ils ne soient versés.

Au total, 330 dossiers ont été instruits en 2025, soit une légère baisse de 5 % par rapport à 2024. Mais si le nombre de dossiers diminue, les montants explosent : +59,45 % de hausse du préjudice subi par rapport à l'année précédente.

Ce constat témoigne d'une évolution inquiétante : les fraudes sont moins nombreuses, mais plus sophistiquées et plus lucratives.

Pourquoi c'est important pour l'Auvergne

La fraude à la sécurité sociale pèse sur l'ensemble du système de santé. Chaque euro détourné, c'est un euro en moins pour rembourser les soins des assurés honnêtes, financer les hôpitaux ou accompagner les patients.

Dans le Puy-de-Dôme, la CPAM couvre environ 600 000 assurés. Ces 6,6 millions d'euros de fraudes représentent une perte significative pour un département où les besoins de santé sont réels et où les tensions budgétaires sur le système de santé sont déjà fortes.

Au-delà de l'impact financier, c'est une question de justice sociale : les citoyens qui respectent les règles paient pour ceux qui les contournent. La confiance dans le système de protection sociale est en jeu.

Ce que l'on sait précisément

Les principaux fraudeurs : des professionnels de santé

Contrairement à une idée reçue, les professionnels de santé représentent 73 % des montants fraudés au niveau national, même si les dossiers impliquant des assurés sont plus nombreux en volume (53 %).

Dans le Puy-de-Dôme, voici le palmarès 2025 :

1. Transporteurs sanitaires : 2,2 millions d'euros

Le secteur décroche la palme du préjudice. Les fraudes consistent souvent en des facturations de trajets purement fictifs ou en des surfacturations.

2. Audioprothésistes : 929 040 euros

Un secteur en pleine explosion des fraudes. En 2025, 20 plaintes pénales ont été déposées contre des audioprothésistes dans le Puy-de-Dôme.

3. Pharmacies : 401 000 euros (parfois cités à 2,19 millions selon les sources)

Surfacturations, prestations fictives, ou erreurs (parfois de bonne foi).

4. Centres de santé et Ehpad : plus de 600 000 euros

La CPAM a détecté de fausses sociétés qui cherchaient à obtenir des remboursements pour des centres de santé inexistants.

5. Assurés : 255 623 euros

En volume, les assurés représentent 53 % des fraudes, mais les montants unitaires sont bien plus faibles que ceux des professionnels.

Les méthodes de fraude les plus fréquentes

Chez les assurés :

  • Dissimulation de revenus pour toucher des aides indues (CMU-C, ACS…).
  • Activités non autorisées pendant un arrêt de travail (travail au noir, activités physiques incompatibles avec l'incapacité déclarée).
  • Falsification de documents : fausses pièces d'identité pour obtenir la qualité d'assuré, justifications de résidence en France fictives.
  • Falsification d'ordonnances pour obtenir des médicaments coûteux en vue d'une revente ou pour alimenter une addiction.

Chez les professionnels de santé :

  • Facturation de prestations fictives.
  • Surfacturations.
  • Création de faux centres de santé pour percevoir des remboursements.

Une fraude qui se professionnalise

Les responsables de la CPAM insistent sur un point : "On a des gens qui se sont vraiment professionnalisés sur la fraude."

Stéphanie Hallé, directrice adjointe santé de la CPAM 63, explique : "Les fraudeurs testent toutes les limites de l'Assurance maladie et connaissent peut-être mieux le système que nous. En face de nous, on a des gens qui se sont vraiment professionnalisés."

Les fraudes sont désormais le fait de réseaux organisés, parfois pilotés depuis l'extérieur du département, qui déploient des stratégies d'envergure pour détourner des sommes importantes.

Ce que la CPAM met en place pour lutter

Une "task force" de contrôle à domicile

Depuis début 2026, la CPAM du Puy-de-Dôme a lancé une équipe temporaire d'agents assermentés qui effectue des contrôles inopinés au domicile des assurés en arrêt de travail.

Objectif : vérifier le respect des heures de sortie autorisées et la réalité de l'incapacité déclarée.

"On va au domicile des assurés pour savoir s'ils sont présents, avec une volonté et une démarche qui sont graduées", précise Anne-Sylvie Cuoq, responsable du secteur juridique à la CPAM 63.

La démarche est progressive : rappel des règles, puis suspension des indemnités en cas de manquement répété.

Un portail de signalement pour les employeurs

Depuis février 2026, les employeurs du Puy-de-Dôme disposent d'une plateforme en ligne (demarche.numerique.gouv.fr) pour signaler les comportements suspects.

Exemples : un salarié aperçu en train de rénover sa toiture, de travailler bénévolement ou d'exercer une activité alors qu'il est officiellement incapable.

Le signalement déclenche une instruction immédiate par la CPAM.

Des outils technologiques renforcés

  • Ordonnance numérique et Cerfa sécurisés pour limiter les falsifications.
  • Service Asafo-Pharma : permet aux pharmaciens de signaler en temps réel une ordonnance suspecte.
  • Algorithmes de détection qui analysent les données et font remonter les "atypismes".
  • Emails d'alerte envoyés à chaque remboursement aux assurés, les invitant à vérifier la prestation remboursée.

Une réponse judiciaire durcie

En 2025, la CPAM du Puy-de-Dôme a engagé :

  • 31 plaintes pénales (+ 32 % par rapport à 2024), visant principalement des audioprothésistes et des centres dentaires.
  • 33 pénalités financières (+ 22 % par rapport à 2024), pour un montant total de 99 654 euros.

Un seul professionnel de santé a fait l'objet d'un déconventionnement en 2025 : un chirurgien-dentiste. Cette mesure, très lourde, prive le professionnel de tout remboursement par la Sécurité sociale.

Une coopération renforcée entre institutions

La CPAM travaille désormais en étroite collaboration avec :

  • Le Comité départemental antifraude (Codaf), présidé par la préfète et le procureur, qui permet de croiser les fichiers entre Sécurité sociale, police, gendarmerie et impôts.
  • Le Pôle interrégional d'enquêteurs judiciaires (Piej), qui intervient sur les réseaux les plus complexes. Ces enquêteurs, officiers de police judiciaire de la santé, ont le pouvoir de mener des auditions et de démanteler des filières organisées.
  • La Caisse d'allocations familiales (CAF) du Puy-de-Dôme, la préfecture et le procureur de la République de Clermont-Ferrand, qui ont signé une convention pour mieux intégrer les revenus illicites dans le calcul des droits sociaux.

Une lutte de long terme

Stéphanie Hallé, directrice adjointe santé à la CPAM 63, rappelle : "La plupart des gens, que ce soit les assurés ou les professionnels de santé, ne sont pas des fraudeurs. La fraude est l'étape ultime, mais nous privilégions d'abord l'écoute et l'accompagnement."

La CPAM insiste : l'objectif n'est pas de sanctionner systématiquement, mais de protéger le système de santé et de garantir que les ressources profitent à ceux qui en ont réellement besoin.

Des contrôles qui vont s'intensifier

Avec la task force de contrôle à domicile, les portails de signalement, les algorithmes et la coopération interservices, la traque aux fraudeurs va s'intensifier dans les mois et années à venir.

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