Dès le vendredi 3 avril 2026, les lampadaires de Clermont-Ferrand restent allumés toute la nuit. Un arrêté municipal signé par le nouveau maire Julien Bony met fin à quatre ans d'extinction partielle de l'éclairage public nocturne dans la capitale auvergnate.
Clermont-Ferrand ne s'éteindra plus la nuit. Une semaine seulement après son élection, le nouveau maire de la ville, Julien Bony (Les Républicains), concrétise sa première promesse de campagne : rallumer l'éclairage public nocturne sur l'ensemble du territoire clermontois.
Ce qui se passe à Clermont-Ferrand
Depuis le vendredi 3 avril 2026, l'éclairage public reste allumé toute la nuit à Clermont-Ferrand. La mesure a été actée par arrêté municipal, publié le jeudi 2 avril, et s'applique sur l'ensemble du territoire de la commune.
Depuis 2022, l'éclairage public était éteint dans une grande partie de la ville entre minuit et 6 heures du matin. Depuis octobre 2025, la période d'extinction avait été réduite, s'étendant de minuit à 5 heures du matin.
Cette extinction concernait plus de la moitié de la ville, mais pas l'ensemble du territoire clermontois. Certaines zones, notamment les axes principaux et certains quartiers, restaient éclairées pour des raisons de sécurité.
Julien Bony, élu maire le 22 mars 2026 au second tour des élections municipales, avait annoncé cette mesure comme sa toute première décision en tant que maire, dès sa prise de fonction.
Pourquoi c'est important dans le Puy-de-Dôme
Cette décision marque un tournant politique majeur à Clermont-Ferrand. Elle met fin à plus de 80 ans de socialisme au pouvoir dans la ville et illustre un changement d'approche sur la gestion de l'espace public nocturne.
Les arguments de la municipalité
Dans son communiqué, la Ville justifie cette mesure par deux objectifs :
- Renforcer la sécurité des habitants
- Contribuer au maintien de la tranquillité publique
Le maire Julien Bony précise : "On a aujourd'hui des habitants qui ne se sentent pas en sécurité quand ils rentrent tard le soir ou qu'ils partent tôt le matin. Ils n'ont pas envie de se déplacer à la lumière de leur téléphone portable, donc il faut entendre cette demande."
Le contexte clermontois
Clermont-Ferrand a connu, depuis novembre 2024, une série de règlements de compte liés au trafic de drogue. Selon un recensement d'ICI Pays d'Auvergne, 25 attaques ont été comptabilisées en un an, faisant sept morts et 18 blessés.
Ce climat d'insécurité a été au cœur de la campagne municipale et a contribué à l'élection de Julien Bony, qui avait fait de la sécurité un axe central de son programme.
Ce que l'on sait précisément
Le cadre juridique
Julien Bony a utilisé son pouvoir de police pour imposer le rallumage des lumières. L'éclairage public est normalement une compétence de Clermont Auvergne Métropole, mais le maire peut intervenir dans le cadre de ses prérogatives en matière de sécurité publique.
Le coût de la mesure
Le rallumage de l'éclairage public coûtera environ 200 000 euros par an à la collectivité, selon les estimations du maire.
Le volet environnemental
Pour compenser l'impact énergétique de cette décision, la Ville annonce vouloir poursuivre la modernisation du parc d'éclairage public en finalisant le passage aux équipements LED.
Selon le communiqué municipal : "Cette transition permet de réduire l'empreinte énergétique et l'impact environnemental de la collectivité, tout en assurant un éclairage performant."
Les réactions des habitants
Les témoignages recueillis par France Télévisions montrent des avis partagés :
Favorables :
- "L'éclairage public, ce n'est pas ce qui coûte le plus cher à Clermont. Donc je pense que de remettre l'éclairage public toute la nuit dans Clermont, ça ne peut être que bien", estime un riverain.
- "C'est une question de sécurité, c'est la ville, donc c'est mieux quand c'est éclairé", ajoute une habitante.
- Christelle Baurez, qui travaille le soir dans un restaurant : "Même si je ne suis pas trouillarde, c'est quand même rassurant. On ne sait pas sur qui on peut tomber. D'autant plus que dans la zone ici, il y a quand même pas mal de marginaux."
Nuancés :
- "Ça n'a jamais impacté ma façon de vivre, ma façon de sortir en ce cas. Je suis un garçon déjà, c'est plus facile", confie un autre habitant.
Les voix critiques : le débat environnemental
L'opposition des défenseurs de la biodiversité
Daniel Rousset, correspondant régional de l'Association nationale pour la protection du ciel et de l'environnement nocturne (ANPCEN), exprime son inquiétude dans une interview accordée à La Montagne.
Sa réaction : "Ils n'ont rien compris. Nous nous sommes battus pour faire admettre que la vie nocturne était importante et, sous couvert de politique, on casse tout et on recommence à zéro."
Il ajoute : "Moi, je suis content de sortir du cinéma et de voir que le trottoir est éclairé. Par contre, je suis franchement désolé de savoir qu'il est toujours éclairé à 3 heures du matin alors qu'il n'y a plus personne. C'est une catastrophe pour la biodiversité."
L'impact sur la faune nocturne
L'éclairage nocturne perturbe le cycle circadien de nombreuses espèces animales et végétales. Les défenseurs de l'environnement dénoncent le fait que l'argument écologique soit rarement pris en compte dans les décisions municipales.
Le précédent historique
Daniel Rousset rappelle que dans les années 1960, les cités Michelin, qui géraient leur propre éclairage, éteignaient à 23 heures. Une pratique qui montre que l'extinction nocturne n'est pas une nouveauté.
Et maintenant ?
Une tendance nationale
Clermont-Ferrand n'est pas la seule commune à revenir sur l'extinction nocturne. Après les élections municipales de 2026, plusieurs villes ont pris des décisions similaires, mettant en avant l'argument sécuritaire.
La commune voisine de Beaumont a également rallumé son éclairage public dès le 3 avril, dans les pas de Clermont-Ferrand.
Le défi énergétique
La Ville de Clermont-Ferrand mise sur la généralisation des LED pour limiter l'impact budgétaire et environnemental de cette décision. Le passage complet au LED devrait permettre de réduire la consommation énergétique, bien que les lampes restent allumées plus longtemps.
Un débat à suivre
Cette décision illustre un débat de fond qui traverse de nombreuses collectivités : comment concilier sécurité, qualité de vie, économies d'énergie et préservation de la biodiversité ?
Les prochains mois permettront d'évaluer les effets concrets de cette mesure sur le sentiment de sécurité des Clermontois, sur la consommation énergétique de la ville et sur l'environnement nocturne.